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Pierre Cavalier

Entretien : Pierre Cavalier

Entretien réalisé le 15 Avril 2010

Un titre de film oublié ? Une actrice inconnue ? Demandez à Pierre Cavalier ! Secrétaire de rédaction chez Hot Vidéo, Pierre est parfois surnommé l'encyclopédie du X par ses pairs. Et il est vrai que l'écouter parler du porno est un vrai plaisir tant ses arguments (fort justes) sont illustrés de titres et de noms qu'on prend plaisir à entendre. Vous voulez tout savoir du X ? Lisez donc ce qui suit !

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- Derrière la porte verte : interview de Pierre Cavalier

X-Intime - Tu étais fan de cinéma pornographique depuis des années, bien avant de travailler pour Hot Vidéo. Notre première question est donc : pourquoi le porno ?
Pierre Cavalier - J’imagine que les raisons originelles sont assez communes : la fascination, l’excitation, le tabou… J’ai découvert le porno très tôt, à un âge où la frustration sexuelle n’est encore qu’une notion assez floue et je ne la vois donc pas comme une raison possible. Je me souviens avoir feuilleté ma première revue porno au collège, en 1978. À cette époque évidemment, les images pornographiques constituaient presque un privilège pour un – très jeune ! – adolescent, parce qu’elles étaient difficiles à obtenir autrement que dans les sex-shops, dont l’entrée était strictement réglementée. Heureusement pour ma libido débordante, mon père possédait une très belle collection de revues pornographiques, certes soigneusement dissimulées, mais que j’ai finie par trouver et dont je me suis régalé pendant des années. Je pense qu’elles aussi ont contribué à faire de moi un indécrottable pornographe…
X-Intime - Te souviens-tu du premier film porno que tu as vu et de ce que tu en as pensé ?
Pierre Cavalier - Bien sûr, je m’en souviens comme si c’était hier ! Il s’agissait d’un court-métrage sadomasochiste en 8mm qui appartenait à mon père. Un « loop », bien rangé dans sa boîte en carton que je me suis projeté clandestinement une nuit sur le mur blanc de la cuisine familiale ! C’était en 1979. L’émotion fut évidemment très forte, autant pour l’interdit que pour l’érotisme qui de mon point de vue, émanait de ces images pourtant très dures. Un an plus tard, j’ai vu mes deux premiers films X à la suite sur un magnétoscope V2000 : Rien ne vaut la première fois, de Joe de Palmer (avec Catherine Ringer qui n’était pas encore Rita Mitsuko et dont les prestations buccales m’avaient sidéré !) et Jeux interdits pour collégiennes en chaleur, de Gérard Vernier. Évidemment, l’émotion fut là encore très intense, mais comme nous étions plusieurs à regarder ces films, j’ai dû attendre d’être chez moi pour me masturber furieusement en repensant à ces images exquises !
X-Intime - Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le porno ?
Pierre Cavalier - Aujourd’hui, hélas, plus grand-chose. Mais au départ, je me suis laissé séduire par la liberté sexuelle des images et la puissance érotique qui s’en dégageaient. Chaque nouveau film porno que je parvenais à obtenir suscitait une vive émotion avant même de l’introduire dans le magnétoscope et je ne pensais plus qu’au moment où je pourrais enfin le visionner ! Tellement, que j’ai totalement raté mes études ! J’étais obnubilé par la pornographie et elle suffisait à satisfaire ma libido d’autant plus facilement que j’étais d’une très grande timidité avec les filles (de ce côté-là, rien n’a changé…). Plus tard, je me suis intéressé à l’aspect sociologique et subversif des films pornographiques. Je me suis aperçu que beaucoup d’entre eux contenaient des propos et des images incroyablement audacieuses et transgressives, qui n’auraient plus droit de cité aujourd’hui. Là, les films pornographiques m’ont réellement passionné, parce qu’ils n’étaient plus uniquement masturbatoires et je les regardais d’un bout à l’autre sans jamais accélérer, en savourant parfois chaque dialogue.
X-Intime - A l’inverse, qu’est-ce qui te repousse, voire te dégoute, dans ce genre ?
Pierre Cavalier - Probablement rien, car tout ce que j’ai pu y découvrir m’a toujours semblé terriblement humain. Pourtant, j’ai eu l’occasion de voir des choses particulièrement abjectes, issues des recoins les plus sombres de l’âme. Ces images-là posent évidemment un cas de conscience, mais elles n’appartiennent pas à la pornographie. Lorsque j’ai affaire à cela, je n’éprouve pas de dégoût, plutôt de la tristesse, de la pitié parfois, de la colère souvent. Et pour d’autres types de films plus médiocres que choquants, essentiellement de l’indifférence, comme c’est le cas aujourd’hui pour la plupart des gonzos.
X-Intime - Dans un message récent posté sur le forum de Hot Vidéo, tu dresses une liste des trente films qui, selon toi, ont marqué le porno. Beaucoup d’entre eux sont des films relativement anciens (années 70). Peux-tu nous parler de ceux qui t’ont le plus marqué ?
Pierre Cavalier - Oui, bien sûr ! Je vais tenter de le faire succinctement, parce que c’est une passion pour moi. En y repensant, j’ai oublié un film tout à fait capital à mon sens, qui est le Caligula de Tinto Brass et Bob Guccione. Je crois l’avoir regardé plus de dix fois dans son intégralité et des centaines de fois pour ce qui concerne l’orgie finale. Même chose pour le film Attention Fillettes ! (Dans la Chaleur de Saint-Tropez) de Gérard Kikoïne. Pour moi, ce film est un parangon d’érotisme et sa seule évocation me fait bander aujourd’hui encore ! Il y aurait tant de choses à dire sur ce chef-d’œuvre, tant de leçons à prendre pour nos réalisateurs modernes ! Cela s’applique d’ailleurs aussi à un film comme Dodo, Petite Fille au Bordel, de Francis Leroi, et à deux films de Michel Ricaud (quel maître !) : L’Éducation d’Orphélie, et surtout, le fabuleux Liaisons coupables, plus récent, mais quelle leçon d’érotisme ! Parmi ceux de la liste, j’ai surtout été marqué par Story of Joanna, dont mon père possédait la VHS éditée par Scherzo. Ce film demeure à mon sens, le meilleur de toute l’histoire du X. Amanda by Night (Body Love), de Robert McCallum m’a également marqué et puis bien sûr, New Wave Hookers : Ginger Lynn, Traci Lords, Kristara Barrington, miam, miam ! Bon, il y en a plein d’autres, mais je ne peux pas tous les citer, hélas !
X-Intime - Peux-tu nous dire quelques mots sur Derrière la porte verte, que tu vas présenter samedi soir au Nouveau Latina (Paris) dans le cadre de l’Absurde séance ?
Pierre Cavalier - C’est un film mythique, peut-être le plus culte de toute l’histoire du cinéma pornographique. Il a révélé Marilyn Chambers, bien sûr, mais il a aussi contribué très largement à l’explosion du genre. Il y a beaucoup de choses à en dire, d’autant plus qu’après l’avoir revu récemment, je le trouve encore très actuel et je n’ai pas le sentiment qu’il ait tant vieilli que cela, comme je l’ai entendu parfois. Il est en tout cas beaucoup plus moderne que Gorge profonde…
X-Intime - Es-tu collectionneur (VHS, DVD, photos, romans…) ?
Pierre Cavalier - Curieusement, je n’ai jamais « collectionné » les films. J’ai acheté des VHS par centaines, c’est vrai, j’y ai consacré pendant des années le moindre centime, mais jamais dans un esprit de collection. Bien sûr, j’en possède encore de nombreuses, mais uniquement parce que je suis conservateur. En revanche je collectionne les bandes dessinées érotiques, car rien ne m’excite plus que ça. J’ai notamment plusieurs centaines de « bédés de gare » éditées à l’époque par Elvifrance, puis Novel Press. Je crois avoir absolument tous les classiques de la BD érotique (Manara, Levis, Serpieri, Von Gotha, Magnus, Ardem, etc.). Et puis plein de revues comme BD Adult, Kiss Comix et aussi l’école américaine Dofantasy de Gary Roberts, même si certains titres vont vraiment trop loin…
X-Intime - La découverte et la passion du porno ont-elles influé sur ta vie et ta sexualité ?
Pierre Cavalier - Difficile d’y échapper ! Dans mon cas, le porno est étroitement lié à ma sexualité. J’ai épousé un certain de nombre de codes pornographiques, en fait, je les ai même parfois devancés ! Par exemple, je m’épile depuis fort longtemps, bien avant que le X ait généralisé cette pratique, mais je pense que cela est lié à des images vues dans des revues américaines fétichistes à la fin des années 70. Il s’agissait alors d’une véritable « niche », mais cela m’a beaucoup marqué et je me souviens avoir voulu connaître cette sensation. Même sur le plan des pratiques, j’avais déjà tout en tête avant d’avoir mon premier rapport sexuel (très tard !) et j’ai tout mis en application rapidement, tout ce que j’avais vu dans les films et revues pornos et un peu ailleurs, au cours de mes expériences voyeuristes ! Par contre, je n’ai presque jamais fantasmé sur les actrices, je n’ai jamais été un « fan ». D’ailleurs, je n’ai jamais réussi à coucher vraiment avec une actrice, toutes mes tentatives (très rares !) se sont soldées par des échecs !
X-Intime - Aujourd’hui, tu travailles en tant que journaliste dans un secteur relativement toléré, limite « hype » (à défaut d’être pleinement approuvé). Dans les années 70 et 80, les fans de porno subissaient-ils un certain rejet ?
Pierre Cavalier - Dans les années 70, probablement moins qu’aujourd’hui, car le cinéma X était à ses balbutiements et l’époque était à la liberté sexuelle. Cette période est d’ailleurs tout à fait unique dans l’histoire de la sexualité, c’est une décennie incroyablement privilégiée : on y soignait toutes les maladies vénériennes, la pilule était en vente libre, le droit à l’avortement reconnu depuis 1974 et l’hédonisme était un mode de vie. En bref, une réunion de facteurs uniques qui ont ouvert en grand les portes du plaisir sexuel jusqu’à l’apparition du sida, en 1982. Quant au X, son déclin a commencé en 1975, lorsqu’il a été légalement « ghettoïsé ». Relégué en marge du septième art, le cinéma porno s’est vu confronté à l’opprobre. On ne peut pas dire que les pornographes aient subi un véritable rejet, mais personne n’est jamais sorti d’un sex-shop la tête haute. Dans l’esprit d’un certain public, un amateur de pornographie demeurait un frustré, un malade, parfois un violeur potentiel, idée relayée par les ligues de vertu ou certains organismes officiels comme la commission Meese, qui citaient à l’envie les propos du serial-killer Ted Bundy, celui-ci affirmant que la pornographie était responsable de sa folie meurtrière. Il a fallu attendre les années 90 pour que la pornographie bénéficie d’une forme de reconnaissance hélas très artificielle, portée à bout de bras par un certain nombre de supports médiatiques comme Canal Plus, Hot Vidéo ou les Hot d’Or. Aujourd’hui, le X est accepté comme une réalité sociale et commerciale avec laquelle il faut vivre, mais qui ne recevra jamais ni reconnaissance, ni approbation officielle. Ce qui est regrettable, c’est qu’en se banalisant, en se commercialisant, le X a perdu son caractère sulfureux, dissident. Il est juste devenu vulgaire. Difficile de continuer à s’y intéresser et plus encore à le défendre.
X-Intime - Peux-tu nous parler de ton entrée chez Hot Vidéo ?
Pierre Cavalier - Je suis arrivé au magazine au début de l’année 1994, par le biais de mon beau-frère qui travaillait alors avec l’actrice Tabatha Cash dans le cadre d’un micro-trottoir produit par Canal Plus. Tabatha lui avait parlé du magazine Hot Vidéo, dont la rédaction était en pleine restructuration et qui recherchait des journalistes. Évidemment, il a tout de suite pensé à moi et j’avoue que j’ai eu un peu de mal à y croire… Moi, travailler dans un magazine spécialisé dans le X ! Même dans mes rêves les plus fous, je ne l’avais jamais imaginé ! Je n’avais aucun diplôme, j’avais arrêté mes études en troisième et je vivais avec un RMI pour quatre, avec une femme et deux enfants et on me proposait tout simplement le job idéal. Les premiers mois ont été difficiles, je n’avais jamais travaillé en entreprise, mais le porno était encore assez subversif pour que j’y consacre tout mon temps et l’ambiance dans les bureaux était stimulante. J’avais l’impression qu’il y avait un combat à mener. Un combat pour la tolérance. C’était bidon en fait. Le porno était déjà cuit depuis un moment. Mais Hot Vidéo, ça restait une aventure en pleine construction, tout comme les Hot d’Or. On se sentait capables de tout et on l’était.
X-Intime - Tu te souviens de ton premier reportage ?
Pierre Cavalier - Mon premier reportage eut lieu sur le tournage d’un film réalisé par Alain Payet pour Magma : Jeunes et Vieux 3 ! Pour le coup, je suis rentré directement dans le grand bain ! Alain n’était vraiment pas un client facile, j’étais le petit nouveau et surtout le seul, puisqu’il n’y avait qu’un journaliste à la rédaction avec le rédacteur en chef (adjoint !), Joris Laventure. Néanmoins, ce tournage reste un bon souvenir, même si j’y ai vu de drôles de choses pour un « dépucelage » ! Il y avait des vieux barbons de 80 balais, des jeunes actrices pleines d’abnégation et des acteurs débutants qui ne sont jamais revenus ! J’y ai rencontré aussi Roberto Malone et Gina Vice qui faisait son premier film. Elle était superbe !
X-Intime - Que faisais-tu avant d’intégrer le magazine ?
Pierre Cavalier - Pas grand-chose en fait. Beaucoup de travail au noir, je faisais parfois le nègre pour des écrivains un peu connus. Je touchais le RMI mais je m’en sortais pas mal parce que je n’avais pas de loyer. J’ai beaucoup profité de l’État, avec un certain plaisir je dois dire, mais bon, désormais c’est lui qui en profite… L’avantage, c’est que j’ai toujours su à peu près écrire. J’ai beaucoup lu, mon père avait des milliers de livres. C’est une chance que tout le monde n’a pas eue. J’ai acquis un peu de culture grâce à ça, mais pas avec l’école. Je n’en ai rien gardé. Pour moi, l’école n’était destinée qu’à servir une intégration sociale balisée. C’était la première étape de l’asservissement civique. Je le crois toujours d’ailleurs…
X-Intime - Quelles évolutions as-tu noté dans le magazine depuis que tu y travailles ?
Pierre Cavalier - Hot Vidéo a suivi l’évolution de la pornographie et en a même parfois modifié les contours. Il a suscité de nombreuses vocations, avec plus ou moins de réussite. J’aime ce magazine, parce qu’il possède une liberté de ton qu’aucun autre n’a, parce qu’il est beau et qu’il a régulièrement compté dans ses rangs des gens de talent. Je crois aussi que c’est une excellente école, parce que le niveau d’exigence de son créateur est élevé et que c’est souvent difficile de l’atteindre. Mais je crois aussi que le magazine a parfois pris de mauvaises directions et que le fond est bien moins intéressant aujourd’hui qu’il y a dix ans, même si la forme demeure unique par son professionnalisme. De ce côté-là, il n’y aucune concurrence possible et tous ceux qui ont essayé depuis quinze ans se sont cassé les dents. Bien sûr, Hot Vidéo est aussi victime de l’appauvrissement du marché et la richesse de son contenu est assujettie à cette réalité de terrain face à laquelle il est vital d’être toujours plus performant. C’est un combat très rude.
X-Intime - Quelles sont les armes de Hot Vidéo pour traverser et combattre la crise que traverse la presse papier depuis quelques années ?
Pierre Cavalier - Ce sont justement sa légitimité et son professionnalisme. VCV, le groupe qui édite Hot Vidéo a également su se diversifier en abordant la production de films, Internet, le Wap ou la VOD. Néanmoins, le magazine demeure l’élément essentiel de VCV, mais il est clair qu’on ne peut plus vraiment miser sur le support papier. Raison pour laquelle Hot Vidéo propose une offre complémentaire avec deux DVD qui contiennent outre des films de qualité, un magazine d’information et de reportages, réalisé par une équipe de professionnels. C’est le concept des Soirées Hot, qui réunit donc ces films et ce magazine intitulé HNN et cela est tout à fait unique dans la presse de charme. Désolé, je vends un peu ma soupe, mais Hot Vidéo le mérite bien !
X-Intime - Comment se répartit le travail au sein de l’équipe entre le support papier et le site web ? Y a-t-il deux équipes distinctes comme c’est parfois le cas dans d’autres organes de presse ?
Pierre Cavalier - Oui, il existe deux équipes distinctes. La rédaction du magazine comprend quatre journalistes et le département Web peut compter sur deux journalistes et des webmasters. L’idée, c’est que le site doit être complémentaire du magazine. Les sujets évoqués sur la toile ne le sont donc pas dans le support papier et vice-versa. C’est vrai aussi que le site ne comporte pas d’articles de fond, mais uniquement des news et des reportages vidéo, ce qui limite évidemment les répétitions !
X-Intime - Quels sont les réalisateurs qui, selon toi, font le porno aujourd’hui en France ?
Pierre Cavalier - Dans le domaine de la réalisation, il n’existe plus vraiment une hiérarchie aussi claire qu’au début des années 90, par exemple, où des réalisateurs de talent comme Michel Ricaud et Alain Payet constituaient à eux seuls le « gros de la troupe » et « faisaient » réellement le porno – scénarisé – en France. Aujourd’hui, aucun réalisateur, à l’exception d’Hervé Bodilis, n’a les moyens de tourner plus d’un ou deux gros films par an. Mais Hervé Bodilis n’est pas la référence que fut Michel Ricaud et ses films très calibrés constituent presque une niche qui est loin de faire l’unanimité et ne touche donc pas la totalité du public. Les réalisateurs des années 90 étaient plus « généralistes », plus universels. John B. Root est un peu dans cette veine, mais il fait trop peu de films. Yannick Perrin a le même problème et il œuvre principalement dans la comédie. A l’heure actuelle, le X français est représenté par un certain nombre de réalisateurs qui travaillent chacun de leur côté pour un public ciblé, un peu à la manière de ce que l’on trouve sur Internet. Bien sûr, des films sortent chaque année, qui s’adressent à un public plus large : ceux de Christian Lavil, B. Root et Perrin, mais aussi ceux de Pascal Saint James, certains "blockbusters" de Bodilis ou même Jack Tyler, qui a tout de même tendance à intellectualiser son œuvre, ce qui lui enlève une partie du public.
X-Intime - Et à l’étranger ?
Pierre Cavalier - La situation est un peu différente en Espagne où la production est moribonde et en Italie où il ne subsiste plus que quelques sociétés « historiques » comme ATV, Mario Salieri Production ou la Showtime. Dans ces cas-là, le porno survit, avant tout. En Allemagne, le marché a toujours été bien plus morcelé et n’a jamais été représenté par des réalisateurs (à l’exception, peut-être, de Nils Molitor et Harry S. Morgan), mais par une multitude de sociétés dont la plupart produisent des films de niche. Restent le Japon, qui est un marché aussi gigantesque qu’hermétique et les Etats-Unis qui possèdent un marché quasiment divisé en deux avec d’un côté le gonzo très majoritaire et de l’autre, les films scénarisés. Néanmoins, les compagnies historiques comme Wicked Pictures, Hustler ou Vivid ont perdu de leur crédit et certaines, comme VCA, n’existent plus. Quant aux compagnies de gonzo qui ont fleuri au début de la décennie, la plupart ont disparu au profit de la production internet qui est représentée par des sociétés florissantes. Du côté des réalisateurs, ceux qui ont pignon sur rue aujourd’hui sont ceux qui représentent des compagnies en vogue comme Joone chez Digital Playground, Ren Savant chez Adam&Eve, Jules Jordan et puis bien sûr, les réalisateurs d’Evil Empire… Eli Cross a du talent lui aussi, mais c’est un électron libre.
X-Intime - Tu évoques Jack Tyler un peu plus haut. Ceux qui nous lisent savent que nous avons adoré Histoire de sexe(s), mais nous sommes à la base assez friands d’un porno drôle et intello, quitte à contenir moins de scènes X (l’un de nos films cultes étant par exemple Inkorrect(e)s). Penses-tu que ce genre de film peut trouver son public ?
Pierre Cavalier - Histoire de sexe(s) est une très bonne surprise. Je l’ai vu en avant-première en salle et je suis ressorti enchanté de la séance. Évidemment, les comédies de mœurs ne font pas l’unanimité auprès des pornographes, dont beaucoup nient toute utilité au scénario dans un film X. C’est à mon avis la preuve d’une sexualité pauvre, que la simple vue d’un acte vénérien peut éveiller et satisfaire. Lorsque l’on possède une libido plus riche et fantasmatique, le (bon) scénario devient une évidence, parce qu’il constitue un moyen irremplaçable de garantir l’érotisme et de renforcer l’excitation. Il est vrai également que beaucoup de spectateurs sont déçus par la pauvreté des scénarios et y voient davantage un frein à l’excitation. Cela tient autant au désastreux « cahier des charges » qui entrave les films X en annihilant toute progression érotique, qu’à la faible créativité de nombreux réalisateurs qui se sont probablement trompés de métier. Pourtant, une grande partie du public est prêt à accueillir à bras ouverts un nouveau Michel Ricaud. Dans cette mesure, on ne peut qu’encourager la production de films comme Histoire de sexe(s), dont la démarche est bien plus érotique que pornographique, tout en parvenant à demeurer "explicite". C’est une alchimie compliquée et qui demande un certain courage "commercial".
X-Intime - Quel est ton avis sur la loi X de 1975 ?
Pierre Cavalier - Je devrais sans doute dire que c’est une loi scélérate qui a entériné le déclin du cinéma porno en salle, ce qui serait d’ailleurs vrai. Moi qui ne jure que par la pornographie des seventies, je ne peux évidemment que mépriser cette loi de finance terriblement hypocrite et j’ai d’ailleurs tendance à me méfier d’à peu près toutes les lois, qui sont décrétées par des hommes de pouvoir, ce qui les rend éminemment suspectes… Toutefois, la loi X n’a pas eu que des inconvénients, même si elle a donné bien du fil à retordre aux pionniers de la pornographie française comme l’admirable Francis Mischkind. Certes, elle a ôté au X son caractère subversif et en restreignant les budgets, a tué la créativité. Mais paradoxalement, elle a aussi permis à la pornographie de se répandre dans tous les foyers de France lorsque les pornographes se sont mis à tourner systématiquement leurs films en vidéo, dans le sillage de Marc Dorcel. Le législateur qui pensait grâce à une loi "moralo-financière" mettre un terme à la production pornographique s’est ainsi totalement fourvoyé parce qu’il n’avait pas prévu l’apparition du magnétoscope et l’usage logique qu’en feraient les professionnels du X. Bien fait pour sa gueule ! Ceci étant dit, moi qui ai toujours lutté officiellement pour la reconnaissance du X, je me suis également toujours réjoui de savoir que cela n’arriverait jamais, tout simplement parce que la prohibition joue un rôle essentiel dans l’émotion pornographique. Déjà, on voit bien à quel point la diffusion massive et la commercialisation outrancière du X ont anesthésié le trouble libidinal qu’il suscitait naguère. Même les adolescents n’ont plus ce privilège avec l’offre quasi illimitée du réseau Internet, à laquelle tout le monde a très facilement accès.
X-Intime - Durant les années 70, certains films d’horreur étaient taxés de pornographie, il y avait une certaine cohérence (le terme « pornographie » n’étant d’ailleurs pas limité à la simple représentation du sexe mais à toute représentation complaisante de détails choquants). On se souvient ainsi de l’interdiction durant cinq ans de Massacre à la tronçonneuse, de celles de Zombie, de L’Au-delà, ou, dans un autre genre, de Mad Max. Pourquoi le sexe à l’écran constitue t-il encore un tabou aujourd’hui alors que la violence (et pas forcément que cinématographique, mais également télévisuelle) se trouve pleinement acceptée et que plus aucun film d’horreur n’est frappé d’interdiction ?
Pierre Cavalier - Comme je n’ai pas vraiment envie de réveiller le vieux débat sur la morale judéo-chrétienne qui pèse toujours sur nos sociétés occidentales et demeure ancré dans les mentalités (ce qui est probablement vrai, ou au moins en partie…), je dirai simplement que le porno souffre d’une image négative, renforcée aussi bien par des détracteurs « dynamiques » et bien exposés médiatiquement, que par les professionnels eux-mêmes, qui surenchérissent dans la performance et délivrent un message machiste et patriarcal. Ce qui fait le plus de mal à la pornographie aujourd’hui, outre le spectre de la pédophilie qui n’a jamais été autant d’actualité, c’est évidemment le sort que le genre – et en particulier le gonzo – réserve aux femmes. Ceci, bien davantage que la protection des mineurs, qui d’ailleurs est étrangement contradictoire lorsque l’on sait qu’un adolescent de quinze ans est libre de faire tout ce que l’on peut voir dans un film X, mais ne peut légalement y avoir accès avant l’âge de 18 ans ! Le lobbying autour de la violence est beaucoup moins actif qu’en matière de pornographie, alors que les images exagérément violentes, sont à l’évidence bien plus traumatisantes que n’importe quelle image pornographique pour un esprit « fragile ». Un nombre important de criminels – et notamment de « mass murders » – par exemple, avouent s’être inspirés de films violents pour commettre leur forfait. Ce n’est évidemment pas anodin.
X-Intime - As-tu toi-même été tenté de traverser le miroir et de participer à un film ?
Pierre Cavalier - Non, jamais. Quand on connaît l’envers du décor, c’est pratiquement impossible. Et pourtant, je l’ai fait, un peu par hasard. Je ne parle pas de mes modestes prestations de comédien pour quelques bons amis comme Pierre Woodman ou pour certains réalisateurs comme Fred Coppula, mais bien d’une véritable scène hard, une seule, là aussi bien modeste. Je n’ai jamais réussi à avoir d’érection avec un préservatif dans ma vie privée, alors sur un plateau de tournage ! Bref, ça a été une expérience amusante qui s’est tout de même soldée, à la force du poignet, par une belle éjaculation faciale sur le frais minois d’une actrice dévouée, mais cela m’a surtout permis de confirmer que je n’étais absolument pas fait pour ce métier.
X-Intime - Je rebondis là encore sur un sujet du forum Hot Vidéo : quelles sont aujourd’hui les stars du X en France, et à quoi peut-on les reconnaître ? Qu’est-ce qu’une star pour toi ?
Pierre Cavalier - C’est assez difficile pour moi de répondre à cette question… De mon point de vue, il n’existe aucune star dans aucun domaine. Il y a juste des gens qui ont compris comment fonctionnait la hiérarchie sociale et qui savent en profiter par ambition, par opportunisme, plus rarement par la grâce d’un talent réel. Du point de vue social en revanche, les « stars » existent bien et si l’on s’en tient au terme originel, elles sont assez rares parce que cela exige d’avoir atteint une grande notoriété, doublée d’un prestige qui confine parfois au mythe. Bon, c’est clair que depuis Marilyn Monroe ou Greta Garbo, le terme a fait du chemin et a été largement galvaudé. Aujourd’hui, il y a des stars partout, dans le cinéma, bien sûr, mais aussi dans la chanson, à la télévision, en littérature, en cuisine… Alors pourquoi pas en matière de cinéma X ? Finalement, chacun sait bien de quoi on parle… Le terme ne caractérise plus rien, il opère juste une distinction entre le tout-venant d’une catégorie médiatiquement exposée et son "élite", composée des plus ambitieux ou des mieux servis par la nature… et par les médias !
X-Intime - Je reformule un peu ma question : outre Katsuni quelle(s) actrice(s), selon toi, peut aujourd’hui dépasser le simple cadre du porno et prétendre à une certaine célébrité ?
Pierre Cavalier - Toutes celles qui en auront l’ambition, l’intelligence nécessaire et – là est l’injustice ! – le potentiel physique ! Encore que même à ce niveau là, on peut faire une très belle carrière avec un potentiel de départ moins élevé. Personne n’aurait parié le moindre kopek sur Dolly Golden lorsqu’elle a débuté et pourtant, à force de volonté et d’ambition, elle a réussi à se faire un nom et à se créer une image forte de poupée Barbie sexy, qui lui a permis de mener l’une des carrières françaises les plus brillantes des années 90. Cela a demandé un certain nombre de sacrifices et de choix que j’imagine parfois délicats, mais cela démontre que la seule volonté peut suffire à faire une belle carrière.
X-Intime - Penses-tu que la multiplication des réseaux sociaux et des blogs est une bonne chose pour le porno ou penses-tu que cela contribue à "déstariser" les actrices ?
Pierre Cavalier - C’est une réflexion sur laquelle je ne me suis pas penché. A priori, je ne suis pas sûr que cela ait une grande importance, ni de grandes conséquences… C’est presque un problème d’ordre personnel en réalité et qui permet d’opérer une sorte de sélection de fait. Les actrices les plus intelligentes auront probablement compris qu’elles n’ont pas intérêt à galvauder leur image. Quant aux autres, eh bien… tant pis pour elles ! La stratégie "capitaliste" est impitoyable, elle relègue les médiocres, les faibles et les idéalistes au fond du caniveau.
X-Intime - Que penses-tu de l’attitude des médias et des autres journalistes vis-à-vis de Hot Vidéo et du porno ? Un article tel que celui, récent, sur le site de L’Express (Nés sous X, dans lequel tu es d’ailleurs cité) ne te semble t-il pas hypocrite ?
Pierre Cavalier - Oui, il est hypocrite. Mais l’hypocrisie, tout comme le mensonge, sont les piliers essentiels des sociétés humaines. Les médias traditionnels font de l’audience et donc du chiffre, ce qui constitue l’arborescence de nos systèmes occidentaux. Ce qui les intéresse, c’est de créer l’émotion, celle du bonheur, du dégoût, de la colère, peu importe… Évidemment, la pornographie ne peut pas décemment susciter la joie, le sujet est bien trop amoral et il ne peut être mis qu’au service du glauque. De toute façon, un éloge de la pornographie n’aurait aucune chance d’être diffusé. Quoiqu’il en soit, nous autres, à Hot Vidéo, savons bien de quelle manière sera utilisé un reportage effectué par des journalistes de L’Express, de TF1 ou du Nouvel Obs et à quelles fins. L’exercice consiste donc à éviter les questions pièges, ce qui est pratiquement impossible, puisque tout est une affaire de montage. L’autre possibilité est de refuser tout simplement d’accorder la moindre interview aux médias traditionnels et c’est ce qu’ont choisi de faire quelques professionnels, mais ils sont minoritaires. Le problème des gens du X est qu’ils ont terriblement besoin de reconnaissance et qu’ils sont prêts à faire beaucoup de concessions pour cela. En bref, c’est du pain bénit pour les médias traditionnels.
X-Intime - L’exercice semble aujourd’hui plus difficile pour les médias qui se trouvent face à une nouvelle génération d’actrices qui savent se défendre. Katsuni par exemple, a suffisamment d’intelligence et de répartie pour se sortir des pièges de la télévision. Penses-tu que ce léger changement a un impact sur le public et sur sa réception du porno ?
Pierre Cavalier - Honnêtement, je n’en suis pas sûr. Tout simplement parce qu’une actrice qui donne une image positive et éclairée de la pornographie ne bénéficiera pas forcément d’une bonne exposition médiatique. J’entends par là qu’on ne la laissera pas s’exprimer majoritairement dans le cadre d’émissions suffisamment « sérieuses », mais bien plus souvent dans des émissions à vocation populaire où le rôle habituel de potiche décervelée leur sera réservé. De toute façon, même lorsqu’un professionnel du X sait s’exprimer (ce qui reste marginal) et défendre sa cause, cela ne semble avoir qu’un impact sur l’individu lui-même et non sur l’ensemble du milieu pornographique. On l’a vu parfaitement avec Rocco Siffredi qui est devenu effectivement une référence, mais qui n’a pas pour autant permis au cinéma X d’acquérir un statut plus favorable.
X-Intime - Terminons sur une note "positive" : comment vois-tu l’avenir du porno ?
Pierre Cavalier - Si "positive" signifie que je dois obligatoirement me montrer optimiste, j’avoue être un peu à court d’arguments ! En réalité, je n’en ai qu’une idée très vague. Je peux évidemment prédire assez facilement la disparition de la distribution DVD au profit de la VOD et du pay per view, mais pour le reste, j’aurais bien du mal à donner un quelconque pronostic. Il me semble toutefois que les professionnels du X ont raté le virage Internet et que cela va être assez difficile de redresser la barre… Sur le plan de la production, il semblerait qu’un retour du porno scénarisé soit perceptible, mais ce n’est encore qu’un frémissement, certes prometteur. Quant au retour de la censure et d’une morale plus rigoureuse prédit par de nombreuses personnalités du secteur, eh bien… je me garderai d’être aussi affirmatif. Certes, la pornographie n’a plus la liberté qu’elle avait dans les années 70 et 80 et beaucoup de films réalisés à cette époque n’auraient plus droit de cité aujourd’hui, néanmoins, je vois mal comment cette progression larvée de la censure pourrait conduire à une quelconque interdiction. Quoiqu’il en soit, je suis curieux de voir comment le X va évoluer et sans être alarmiste, je ne suis pas non plus d’un optimisme débordant.

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