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Jean-François Davy (2ème partie)

Entretien : Jean-François Davy (2ème partie)

Entretien ralis le 15 Juillet 2010

Deuxième partie de notre entretien fleuve avec une légende du X (qui n'a pourtant que très peu tourné dans ce domaine) : la censure, les sorties DVD, la réalisation d'un documentaire, les thèmes récurrents de son oeuvre...

Filmographie slective :
Amoral Sex
Désir (Le)
Exhibition
Exhibition 2
Exhibition 79
Pornocrates (Les)

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X-Intime - Dans une émission enregistrée au début des années 80, tu avais des échanges assez forts avec une personne du comité de censure, à propos de la loi X. Quel a été l’accueil de cette loi en 1975 ? Qu’en as-tu pensé ?
Jean-François Davy - Je pense aujourd’hui, comme je le pensais déjà à l’époque, qu’il s’agit d’une loi scélérate. Elle est aujourd'hui tombée en désuétude, bien qu’elle soit toujours là et qu’elle puisse toujours s’appliquer. A l’époque, c’était absolument scandaleux car Giscard avait supprimé la censure, ce qui était une décision plutôt démocratique et sympathique. Elle n’avait pas été totalement supprimée puisqu’il restait une possibilité d’interdiction totale pour les films portant atteinte à la dignité humaine. Ce qui a été le cas de mon film Exhibition 2, qui a été interdit totalement pour cause d’atteinte à la dignité humaine. Tout ça parce que je montrais quelqu’un qui pratiquait le sadomasochisme comme un jeu et non pas comme une violence.
X-Intime - Peux-tu expliquer à nos lecteurs la différence entre l’interdiction totale qu’a reçu ton film et le classement X ?
Jean-François Davy - La loi X était une forme de censure économique beaucoup plus efficace que ce qui existait auparavant, et ça a stoppé net la production pour le cinéma, à part les salles ghettos qui d’ailleurs se sont progressivement marginalisées pour finir par quasiment disparaître. Cette loi était particulièrement hypocrite. Elle prévoyait par exemple qu’un film étranger devait payer une taxe de 300.000 francs à la sortie, alors que la rentabilité n’atteignait pas cette somme. Cette loi a été votée dans la précipitation, sans véritable réflexion, pour faire plaisir à des associations bien pensantes, de défense de la famille, sous prétexte qu’il y a eu un phénomène de curiosité pendant l’été 75 qui a fait que les salles ont réservé environ 25% de leurs écrans à des films pornographiques. Mais il est évident que le phénomène serait retombé de lui-même une fois la curiosité émoussée. Le législateur s’est vite dépêché de faire voter cette loi. C’est navrant.
X-Intime - Jusqu’en 1981, ça restait assez laxiste, non ?
Jean-François Davy - Tout à fait. Ce qui est le plus choquant, c’est que le gouvernement de l’époque s’est aperçu que la loi était très difficile à appliquer, et il y a eu un espèce de laxisme qui a permis aux réalisateurs, aux producteurs, et aux exploitants de contourner cette loi, en présentant par exemple au comité de censure des versions softs tout en présentant des versions plus corsées dans les salles. Tout le monde fermait les yeux là-dessus car ça avait un rôle important pour l’équilibre financier de la petite exploitation qui a d’ailleurs beaucoup souffert de la disparition des séances du samedi soir à minuit, et qui a presque totalement disparu. Elle est encore aujourd’hui malmenée par d’autres phénomènes. Mais lorsque la gauche est arrivée au pouvoir en 81, et en particulier Lang aux Affaires culturelles, il s’est empressé de faire appliquer cette loi de 75 que le parti socialiste n’avait même pas votée, et de se livrer à une véritable chasse aux sorcières contre tous les exploitants qui la contournaient. Je me suis retrouvé en face, au Quai des Orfèvres, la police judiciaire débarquait dans les salles, confisquait les copies. Une véritable chasse aux sorcières lamentable provoquée par le côté formaliste de la gauche arrivant au pouvoir.
X-Intime - Cette loi est d’autant plus hypocrite qu’elle n’est basée que sur l’argent. Elle est supposée protéger le spectateur de films soi-disant dangereux ou pervers, mais elle ne les interdit pas, elle ponctionne juste de l’argent dessus. On pourrait imaginer un producteur milliardaire, qui a un tas de sous à claquer, et qui décide de sortir son film porno.
Jean-François Davy - Tout à fait, ce n’est pas du tout une forme de protection. On taxe, on pénalise, c’est lamentable. Et j’en ai beaucoup souffert, c’est une des raisons qui m’ont écarté de ce cinéma. D’ailleurs, les cinéastes dans l’ensemble, à cause de ça ou d’un tas d’autres raisons, sont devenus dans l’ensemble très puritains. Quand Canal+ a essayé de solliciter des réalisateurs de talent pour faire des sujets comportant de la sexualité explicite, ils n’ont trouvé personne.
X-Intime - Ils ne t’ont pas proposé ?
Jean-François Davy - Non, moi à ce moment là, j’étais dans l’édition vidéo et plus du tout dans le coup, je n’étais plus considéré comme un cinéaste, mais plutôt comme un ancien cinéaste. Ca a été très dur pour moi de revenir au cinéma il y a cinq ans, c’est beaucoup plus dur de revenir dans une activité qu’on a abandonné vingt-cinq ans auparavant que de faire son premier film. J’ai eu l’impression, quand j’ai réalisé Les Aiguilles rouges, de refaire un premier film avec encore plus de difficultés que quand j’ai fait L’Attentat à 21 ans. Parce qu’en France, on est catalogué, classé. Je suis devenu Monsieur Exhibition alors que ce film m’a demandé quatre jours de tournage. Alors que des films qui m’ont demandé des semaines, des mois, des années de travail sont passés inaperçus.
X-Intime - Peux-tu nous parler du documentaire que tu tournes actuellement autour de l’univers du porno ?
Jean-François Davy - Ce n’est pas une suite à Exhibition, il n’y a pas de suite possible à ce film. Ce qui le caractérisait, c’était ma rencontre avec une actrice ayant une personnalité hors du commun : Claudine Beccarie. Exhibition, c’est cette rencontre, une espèce de psychanalyse en accéléré de quelqu’un qui avait besoin de s’exprimer et de se confier, d’être autre chose qu’un objet sexuel. Les temps ont beaucoup changé, puis ce serait absurde de vouloir refaire ce que j’ai déjà fait il y a trente ans. Ce qui m’intéressait, c’était de concilier une véritable expression cinématographique avec un regard sur la sexualité explicite, avec le désir de montrer de la sexualité, de rencontrer cette sexualité. Et j’ai même décidé de m’impliquer personnellement devant la caméra.
X-Intime - Comment ça ?
Jean-François Davy - Me foutre à poils devant ma propre caméra et me livrer à des actes sexuels, ce que je n’aurais jamais imaginé il y a trente ans. Je me suis aperçu que c’était quelque chose d’évident si je revenais vers ce genre d’expérience. Je me suis donc livré à ces actes avec beaucoup de bonheur et de plaisir, un peu de timidité au début parce que c’est vrai que ce n’est pas évident. Au début, l’idée était de rencontrer de jeunes femmes et de faire des castings. Quand je sentais qu’il y avait un feeling, je les invitais à tourner une scène avec moi et mon camarade qui est assis face à nous, et on s’amusait à les filmer, à les interviewer, à les suivre en coulisse, à filmer tout ce qu’il y avait autour de la rencontre sexuelle au lieu de filmer la rencontre sexuelle. Je suis parti de là, mais ça a fini par déborder de ce cadre. Après je me suis aperçu que c’était intéressant de confronter les gens, la rue, avec l’intérieur, aussi bien moral que physique, de la personne. C’est parti avec tout ce qu’une aventure peut amener, de l’imprévu, de l’humour. C’est quelque chose de très vivant, d’émouvant, d’autant qu’on a essayé de respecter les personnes qu’on rencontrait, de ne jamais les forcer à quoi que ce soit, c’était quelque chose de vraiment important. Les filles étaient surprises puisque celles qui avaient l’habitude de tourner se retrouvaient dans un contexte totalement différent et ne savaient plus si elles étaient dans une aventure privée ou dans une aventure cinématographique.
X-Intime - Tu n’as filmé que des femmes ?
Jean-François Davy - Non, j’ai aussi interviewé des couples, des couples dans la vie mais qui tournaient l’un et l’autre dans le cinéma pornographique. Je leur expliquais que ce qui m’intéressait, c’était de les filmer, mais pas d’une façon artificielle. Vous allez faire l’amour, vous êtes payés pour ça en plus, et moi j’espère gagner un jour de l’argent en vous ayant filmés en train de faire l’amour, mais je veux que vous soyez sincères et justes. Je me suis donc livré à ce genre d’expérience et c’était au final souvent réussi grâce à la complicité et à l’intimité qu’on arrivait à créer. Dans le porno, les actes sexuels sont tarifés : une scène lesbienne, c’est trois cents euros. Une scène garçon – fille, quatre cents euros. S’il y a de l’anal, cinq cents euros, et c’est à peu près les mêmes prix dans tous les pays du monde. Mais quand on leurs demande de s’exprimer, de jouer la comédie, ils ne demandent rien. Jamais quelqu’un ne nous a demandé un centime pour s’exprimer.
X-Intime - Ca devait les changer ?
Jean-François Davy - C’était toujours un plaisir, un bonheur pour eux, de pouvoir faire autre chose que des scènes pornographiques. Ca donne des trucs passionnants. Egalement beaucoup de déchets puisqu’on tourne une sorte de docu-fiction, la relation qu’on a avec eux donne une sorte de cinéma-vérité : est-ce du documentaire, est-ce de la fiction ? Mais c’est aussi ce qui est intéressant dans le cinéma que je fais : il est inclassable. On ne peut même plus dire qui est devant et ce qui est derrière la caméra puisqu’on passe constamment de l’un à l’autre, on fait tenir la caméra aux protagonistes, on joue sur des jeux de miroirs et on n’a pas peur de tourner avec plusieurs caméras qui se filment mutuellement. On ne sait plus très bien qui est qui et c’est ça qui est intéressant. Dans Exhibition, il y avait des scènes comme ça même si on tournait à une seule caméra et que le clivage était assez net. Une sorte de réality-show.
X-Intime - Cet échange entre le devant et le derrière était déjà dans L’Attentat, lorsque le personnage va au cinéma en plein milieu du film.
Jean-François Davy - C’est vrai et ça me poursuit. D’ailleurs il y a une scène qui malheureusement a disparu de L’Attentat : ma première scène érotique. Je ne sais pas où est passée cette scène, on avait vendu le film pour la télévision canadienne, et il fallait couper la scène où l’on voyait une fille nue dans les bras d’un garçon. Mais j’avais déshabillé une fille, une danoise très jolie du nom de Karine Meyer, en tournant mon tout premier film quand j’avais vingt ans. C’était déjà dans mes gènes de cinéaste !
X-Intime - Ce documentaire sera édité chez Opening, ta société d’édition DVD ?
Jean-François Davy - Je ne sais pas du tout ce que je vais en faire, nous avons trois cents heures de rushs, peut être un peu plus. J’ai un monteur qui travaille dessus depuis six mois, on évalue à peu près à deux ans le temps qu’il faudra pour tout monter et le premier montage risque de faire à peu près trente heures. On va donc réduire à 10%, et ça va donner une vingtaine de modules d’1h30, avec chaque fois un programme cohérent, une aventure prise dans sa continuité.
X-Intime - Ce ne sera donc pas un long-métrage.
Jean-François Davy - Je voudrais faire une synthèse de tout ça dans un très long-métrage. Pour le moment, j’ai l’impression qu’il ne pourra pas durer moins de quatre à cinq heures. Pourquoi pas ? C’est du format hors normes pour un film hors normes, donc je ne sais absolument pas comment ni où je les diffuserai. Ce que je sais, c’est que j’ai fait une demande d’agrément cinématographique, donc il y a a priori un agrément du CNC pour un film de cinéma, mais si le film dure cinq heures je ne sais pas du tout comment je le projetterai. Je m’en fous complètement puisque je pratique aujourd’hui le cinéma comme un hobby.
X-Intime - Tu y trouves plus de plaisir ?
Jean-François Davy - Ce qui est formidable, c’est qu’on peut maintenant filmer comme un écrivain ou comme un peintre. Peut être plutôt comme un sculpteur puisque celui-ci a quand même besoin de moyens techniques, une fois qu’il a son moule il doit aller en fonderie, etc. Mais ce sont des moyens qui deviennent très réduits. On tourne avec cette petite caméra HD, on en a trois, et ça nous coûte deux euros l’heure d’enregistrement. Les moyens techniques sont tellement à portée de main qu’on peut faire du cinéma pour très peu d’argent. On est deux et on se charge de tout : la lumière, la prise de son, la prise de vue, on a des moyens qui permettent d’écrire dans une totale liberté. Si on commence à vouloir formater ce qu’on fait, on ne s’en sort pas et je ferais du porno formaté et on revient à Amoral Sex, du cinéma très codifié. En dehors de ça, il n’y a rien, il n’y a pas aujourd’hui de possibilité commerciale d’exploiter de la sexualité explicite avec une véritable expression cinématographique : nulle part en télévision, la vidéo est morte, le cinéma c’est possible mais c’est extrêmement encadré… Il faut savoir qu’aujourd’hui, si on fait un film contre lequel il y a des plaintes des associations familiales, on peut se retrouver interdit par décision de justice. Le système de classement de la commission de contrôle n’exclut pas des poursuites et la saisie d’un film dans les salles. C’est arrivé avec Baise moi. On reste l’objet de formes de censure extrêmement variées, la pire en fin de compte étant l’auto-censure.
X-Intime - Comment l’éviter ?
Jean-François Davy - La seule manière d’éviter cela, c’est de ne pas se préoccuper de ce qu’on fera du film, un peu comme un écrivain qui se fiche d’être publié et écrit pour son propre plaisir. Mon père était peintre, et il ne se souciait pas du tout de savoir si ses toiles seraient vendues. Il était heureux de peindre et de donner libre court à sa passion. Ca me choque beaucoup que dans le cinéma d’aujourd’hui ce soit aussi formaté. C’est vrai que le financement se fait par les chaines de télévision et par les moyens de diffusion possibles, et on sait bien que le cinéma français aujourd’hui dépend terriblement de la télévision dans son financement. Je n’ai pas intéressé les chaînes avec Tricheuse, je me suis pris tout le financement du film dans la tronche. Je n’ai donc pas pour le moment de projet de film traditionnel. Enfin, si, j’en ai, mais je ne pourrai pas refaire ce que j’ai fait avec Tricheuse ou Les Aiguilles rouges, c'est-à-dire perdre deux millions d’euros. Je ne peux plus me le permettre aujourd’hui. Ca me plait bien, du coup, de pouvoir faire ce cinéma à la première personne, où le commentaire que je mettrai sur mes images aura beaucoup d’importance. C’est formidable de pouvoir consacrer deux ans à un montage, c’est tout à fait unique et je sais qu’il en sortira quelque chose de passionnant, de novateur, de différent. Mais comme tous ceux qui font un film, j’ai le trac, j’ai peur de louper mon truc.
X-Intime - Qui décide de la ligne éditoriale d’Opening, de choisir les films édités ?
Jean-François Davy - Pendant longtemps, ça a été moi, j’étais animateur de ma société et très attentif à tout ce qui concernait les acquisitions, avec une prédilection pour le répertoire classique, pour les grands cinéastes. Depuis cinq ans, depuis que je suis revenu à la réalisation, j’ai un peu délégué et j’ai en plus formé quelqu’un qui travaille avec moi depuis vingt ans, Jean-Pierre Vasseur aujourd’hui directeur d’édition. Malheureusement pour lui et pour nous, notre marge de manœuvre se rétrécit beaucoup : les films accessibles aux indépendants sont de moins en moins nombreux. Les grands groupes, les majors, les chaines de télé sont présentes sur tous les fronts. Quand on a innové dans ce métier il y a vingt cinq ans maintenant, j’ai pu créer la plus grosse compagnie d’édition qui s’appelait Fil à Film. On a été les précurseurs, sortant les plus gros films de l’époque : L’Ours, Itinéraire d’un enfant gâté… Aujourd’hui, on n’a plus accès à ces films. On reste donc surtout sur des Direct-to-video, des films de série, un peu ce qu’on trouvait dans les vidéoclubs à une époque : des films d’horreur, des thrillers, des séries B. On a encore un répertoire classique conséquent mais sur lequel on a des problèmes de renouvellement : les Chaplin nous ont échappé, les films de Truffaut, de Tati. Il nous reste Bergman, Kurosawa, Herzog...
X-Intime - Vous sortez également des Chabrol en ce moment.
Jean-François Davy - Oui, il y a les Chabrol, également des films comme Dune. On a même eu le prix de la critique pour le travail effectué sur Phantom of the Paradise. Je n’aurai jamais le prix de la critique pour un de mes films, donc j’étais très fier de le recevoir en tant qu’éditeur. On a toujours les films d’Eric Rohmer, que l’on a ressortis en coffret à l’occasion de sa disparition. On a encore quand même quelques grands auteurs maison.
X-Intime - Est-ce que tu vois une unité dans tes films, des thèmes récurrents ?
Jean-François Davy - Mon œuvre est très éclectique, car j’aime tous les genres cinématographiques et je les ai à peu près tous essayés. J’ai craint que cet éclectisme soit brouillon et disparate. J’ai eu le souci de sortir tous mes films en DVD, même si je savais que le dernier coffret (NDLR : Les Inclassables de Jean-François Davy) ne serait absolument pas rentable. Mais qu’importe, on ne peut pas tout faire pour de l’argent. Même si comme disait Malraux, « le cinéma est un art et par ailleurs une industrie », et sans argent, il est difficile de faire les choses. Le fait de sortir tous mes films m’a permis, notamment à travers le regard des autres et de certains critiques, de me rendre compte qu’il y a quand même une unité dans tout ça.
X-Intime - Laquelle ?
Jean-François Davy - Je crois que j’ai quand même une patte, un style serait beaucoup dire, mais une écriture que l’on reconnaît dans mes films, ainsi que des constantes. La femme en fait d’ailleurs partie puisqu’elle est souvent au centre de mes films. Dans Chaussettes surprises, des femmes retrouvent leur indépendance suite à l’accident de leur mari. Le Seuil du vide est centré sur une femme paumée, paranoïaque ou victime d’un groupe occulte. Le personnage de L’Attentat est constamment obsédé par les femmes… Même dans mes films traditionnels, la femme est au cœur de mon travail, ce qui est assez peu fréquent dans le cinéma français des années 70/80. La femme prend aujourd’hui plus d’importance au cinéma, déjà parce qu’il y a plus de femmes réalisatrices, mais aussi parce que des comédiennes comme Huppert ou Nathalie Baye ont donné naissance à pas mal de personnages intéressants. On retrouve aussi mon goût pour la rébellion, pour le non sens, l’absurde (qu’il soit fantastique, onirique, humoristique ou poétique et décalé comme dans Traquenard). Puis j’aime mélanger les genres, brouiller les pistes, ce qui m’a certainement joué des tours. Si le public ou la critique ne m’ont pas toujours compris, c’est peut être à cause de ce flou. C’est ce qui a nui à mon dernier film, que tout le monde attendait comme une comédie romantique alors qu’il s’agissait plutôt d’une fable.
X-Intime - On retrouve également la figure du loser dans certains de tes films, et surtout celle de la communauté qui obéit à ses propres règles.
Jean-François Davy - C’est vrai, oui. Pour le loser, dans L’Attentat c’était très fort, j’avais cette attirance pour les personnages un peu paumés, j’avais également mes propres complexes. Aujourd’hui, j’en ai moins même si je sais qu’il y a des choses que je ne ferai probablement jamais : je ne serai jamais Bertrand Tavernier, Alain Corneau ou François Truffaut. J’avais tellement d’ambition quand j’ai fait mon premier film que j’avais l’impression d’être un loser par rapport à mes ambitions et à l’être idéalisé que j’aurais voulu être. Giscard disait « mettez la barre très haut, la vie se charge de la baisser ». Je suis peut être arrivé là où j’en suis grâce au fait d’avoir mis la barre très haut, ça m’a permis d’arriver pas trop bas : je ne suis pas un intellectuel, je n’ai pas fait d’étude, je n’ai pas une grande mémoire. J’étais en admiration béate devant Jean-Claude Carrère avec qui j’avais travaillé sur Chaussettes surprises, un puits de culture, de connaissance. De même pour Bertrand Tavernier, qui est d’une intelligence, d’une culture qui me stupéfient. Et ça me flatte d’autant plus qu’il apprécie mon travail et en dise du bien.
X-Intime - Alors comment te définis-tu ?
Jean-François Davy - Je suis un laborieux, j’ai du ramer énormément pour arriver à faire ce que j’ai fait. J’ai toujours fait mes films avec des bouts de ficelle, à l’exception de Chaussettes surprises et Les Aiguilles rouges, mais je me suis toujours appliqué. J’ai fait tous mes films en travaillant énormément l’écriture, le montage, la finition... Et je pense qu’à l’arrivée, il reste quelque chose de tout ça. Quelqu’un comme Jean-Pierre Moky serait un peu l’inverse : il avait beaucoup de talent (aujourd’hui je le trouve un peu fatigué) mais c’est un bâcleur. Moi je n’ai jamais rien bâclé et quand je vois mes films, je repense à la somme de travail et je me dis que j’ai fait du mieux possible. Mais à la fin de ma première carrière, j’avais l’impression de n’avoir fait que des brouillons et que mes œuvres accomplies viendraient plus tard. Quand j’ai fait Les Aiguilles rouges, j’avais l’envie et l’énergie de faire des films beaucoup plus forts qu’à l’époque et je pense que c’est en grande partie réussi avec ce film. Moins avec Tricheuse qui est un film de circonstance que j’ai fait parce que je ne parvenais pas à monter un autre projet et que je déprimais. Je me suis jeté dans ce film et cela m’a permis de sortir de la dépression, donc rien que pour ça, ça valait le coup mais…
X-Intime - Qu’en penses-tu aujourd’hui ?
Jean-François Davy - Ce n’est pas exactement le film que j’aurais voulu faire à ce moment là. Mais bon, il y a des films qu’on fait avec des intentions pures comme mes films d’auteur, d’autres avec des intentions impures comme mes films de cul, mais je crois que ça n’a pas beaucoup d’importance et c’est peut être dans les films impures que j’ai donné la meilleure expression de moi-même. J’étais d’ailleurs en phase avec le public quand je parlais de cul, mais beaucoup moins quand je parlais d’autre chose. Cela dit, Le Seuil du vide n’a pas connu le succès à sa sortie, malgré quelques critiques positives, mais est devenu culte et a acquis une aura quelques années plus tard. Il a été projeté au Festival du Rex, alors qu’il avait été refusé au premier Festival d’Avoriaz. Chaussettes surprises n’a pas été très bien compris à sa sortie alors qu’on en parle aujourd’hui comme d’une comédie un peu culte qui a résisté au temps beaucoup mieux que de comédies de l’époque de Gérard Pirès, Jean Yanne ou autre. C’est vrai que les films qui ont marqué l’histoire du cinéma ont été des échecs à leur sortie, même si je n’ai pas cette prétention. L’air du temps est quelque chose de mystérieux qu’on ne comprendra jamais : un film sort et rencontre l’adhésion du public alors qu’il se serait planté six mois plus tôt ou six mois plus tard. C’est peut être la qualité des distributeurs de savoir ça, mais ils se trompent souvent et j’ai toujours eu l’impression qu’ils étaient un peu contre les artistes et que le cinéma devaient se faire contre eux, contre le système, la mode, les tendances...

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